Les échecs européens, un savoir qui se transmet.
Dire que les difficultés des clubs français en Coupe d’Europe n’est qu’un phénomène récent serait mentir puisque bon nombre de records ont été établis il y a plusieurs années. En effet, l’épopée européenne de 1972-73 est toujours considérée comme la pire dans l’histoire des clubs français. Les quatre clubs engagés (Marseille, Bastia, Nîmes, Angers) ont tous été éliminés dès leur entrée en lice au premier tour (ou 16es de finale). Au total, 6 défaites, 1 nul et seulement 1 victoire en 8 matchs.
Jusqu’en 2025, la France comptait seulement trois finales de Ligue des Champions disputées depuis la création de la compétition sous ce nom en 1992, avec le sacre de l’Olympique de Marseille en 1993, la défaite du Paris Saint-Germain contre le Bayern Munich lors du final 8 en 2020 et l’AS Monaco qui s’incline contre le FC Porto en 2004.
Des gros qui ont déjà du mal chez eux
Dès le mois d’août, la question n’est pas de savoir qui va remporter la Ligue 1 mais plutôt qui va suivre derrière le club de la capitale. Derrière, les clubs “locomotives” comme l’Olympique Lyonnais, l’Olympique de Marseille, le Stade Rennais ou encore l’AS Monaco sont souvent classés à des places bien inférieures à celles qu’on imaginait. Normalement, ces clubs se doivent de jouer les premiers rôles en France afin de pouvoir aller défendre le pays du mardi au jeudi soir.
Les exploits réalisés par le RC Lens en finissant à deux reprises dauphin du PSG (2025/26, 2022/23) ou le Stade Brestois finissant 3ème lors de la saison 2023/24 montrent une réalité inquiétante. Bien que ces clubs viennent marquer l’histoire la Ligue 1, ils démontrent surtout une régression des gros clubs qui peinent en Ligue 1 face à des adversaires plus “petits” et qui ne sont pas armés pour venir affronter des clubs étrangers.
(Elye Wahi lors de la saison 2023-2024 célébrant son but face à Arsenal © Denis Charlet/ AFP)
Quand l’argent ne fait pas le bonheur (des supporteurs)
L’un des maux du championnat français est lié à des dirigeants qui privilégient les finances au sportif. La stratégie « d’achat-revente » qui consistent à acheter des joueurs (souvent jeunes) à bas prix afin de les revendre plus chère une ou deux saisons plus tard, présente de véritables limites. Avec des entraineurs qui ne bénéficient pas de joueurs sur le long terme et qui les obligent, sans cesse, à réinventer leurs effectives à chaque début de saison. L’OL en est le parfait exemple puisque depuis quelques étés, le club se sépare de ses meilleurs éléments pour rééquilibrer sa trésorerie (Mikautadze, Afonso Moreira, Cherki…) ce qui nuit aux performances européennes. Ces joueurs qui sont de vraies forces individuelles, ainsi en les vendant les équipes s’affaiblissent en perdant de véritables joueurs clés.
De plus, une des raisons de ces difficultés pour le championnat français est indirectement liées à des clubs qui tout au long de la saison se battent pour obtenir le graal d’être en Coupe d’Europe mais une fois qu’ils y sont, ils ne la jouent pas. En effet, pour beaucoup l’objectif est davantage d’en récolter les retombées économiques (billetterie, droits TV, marchandising…) plutôt que de réellement la disputer et aller le plus loin possible. Morale de l’histoire, les clubs français sont devenus, malheureusement, des clubs de trading où l’objectif est de ne pas gagner des trophées mais davantage d’équilibrer les comptes et de faire sans cesse du profit.
Les tours préliminaires de C1, l’exemple parfait de ces difficultés
En août dernier, l’Olympique Lyonnais avait la possibilité à la fois de sauver ses finances mais aussi de devenir le quatrième club français disputant la LDC. Néanmoins, comme beaucoup d’autres auparavant, ils ont échoué. Seulement quatre petits matchs séparent le rêve d’entendre la musique de la Ligue des Champions et la réalité. Les adversaires sont souvent vus comme inférieurs et le chemin vers la C1 semble tout tracé. Malheureusement, rares sont les équipes françaises qui ont su les remporter afin de pouvoir jouer la plus belle des compétitions.
Depuis 2009, sur un total de 10 campagnes de tours préliminaires disputées, seulement deux clubs ont su les gagner : le LOSC en 2024 et l’AS Monaco en 2016. Bien souvent, les adversaires sont largement à la portée des clubs français mais les vieux démons resurgissent toujours.
(En 2023, l'Olympique de Marseille s'incline aux tirs au but face au Panathinaïkos. AFP / Christophe Simon)
La France et ses tristes records détenus
En matière de records de honte, les clubs français n’y vont pas de main morte. Comme le malheureux record qui a longtemps suivi l’OM et ses 13 défaites d'affilée en LDC ou encore son zéro pointé en phase de groupe lors de la saison 2013/2014. On reste dans le sud de la France et on va du côté de l’OGC Nice avec ses 18 matchs européens consécutifs sans victoire, un record établi en décembre 2025 et qui était, jusque-là, détenu par le LOSC.
(Nice enchaînant les défaites en Europa League 2025-2026 Photo : Pascal Della Zuana / Icon Sport)
Plus révélateur de ce marasme français, le dernier club (autre que le PSG) à avoir atteint un quart de finale de LDC est l’Olympique Lyonnais en 2020 qui est également sa dernière participation à cette compétition. 6 ans qu’aucun club français n’a réussi à atteindre ce niveau de la compétition, bien que le LOSC comptabilise plusieurs huitièmes de finales disputés. L’élimination de l’OM en LDC, il y a quelques mois, à cause d’un but inscrit par le gardien de Benfica contre le Real Madrid illustre parfaitement cette malchance aux clubs français et à qui les scénarios les plus surréalistes arrivent.
L’Europa et la Conférence League comme lots de consolation ?
Étant donné que la C1 semble trop dure pour les clubs français, la C3 et plus récemment la C4 semblent être des alternatives davantage à la portée de nos clubs français. Cela se remarque directement dans les chiffres et notamment pour la Conférence League avec deux demies finales disputées, mais malheureusement perdues, avec l’OM en 2022 ou Strasbourg l'année dernière.
Concernant l’Europa League, l’OM a également disputé une demie finale en 2024 mais se fera éliminer par le vainqueur (4-0 au cumulé) : l’Atalanta Bergame. Une finale avait également été disputée contre l’Atlético Madrid (en 2018) qui s’est soldée sur un score sans appel : 3-0 pour le club espagnol. Finalement, malgré les quelques satisfactions, les équipes françaises ont toujours cette difficulté à pouvoir se dépasser et gagner LE match qui les fera passer un cap. Les traumatismes sont toujours dans les mémoires et la France continue de marquer l’histoire des compétitions pour de mauvaises raisons.
Le PSG comme sauveur du football français
En réalisant son back-to-back en Ligue des Champions, le club de la capitale a su redorer l’image du pays aux yeux de tous. Au-delà de ses deux sacres, le PSG a marqué les esprits en dominant de gros clubs européens et notamment anglais. Liverpool, Manchester City, Aston Villa, Chelsea, Arsenal ou encore le Bayern Munich, tout le monde y passe et l’étiquette de “Farmers League” est balayée d’un coup de trait. Le club parisien était un véritable tsunami en terrassant tous ses adversaires qui se trouvaient sur son passage. Même lorsque l’on croyait qu’ils allaient faillir, ils ont su compter sur de grandes individualités pour les sortir de situations périlleuses.
(Victoire du PSG en Ligue des Champions 2025-2026 Photo : X / PSG)
Ils ont ouvert la voie à leurs compatriotes et leur montrer qu’ils n’ont rien à envier aux voisins européens. L’histoire montre que la France figure parmi les mauvais élèves en Coupe d’Europe, les différents records retenus ainsi que les multiples échecs dans le dernier carré illustrent une difficulté mentale à pouvoir se surpasser et vaincre ses vieux démons. Cette année, 7 clubs sont engagés dans les différentes compétitions avec comme objectif pour certains de réaliser le Three-Peat (remporter la compétition trois fois consécutivement) et pour d’autres de disputer une finale européenne pour le plus grand bonheur de leurs supporteurs.
À nos équipes françaises de faire de leur mieux et de définitivement faire taire de nombreux détracteurs.
Par Samy Cheikh , Publié le 31 octobre 2026