(© PAUL ELLIS / AFP)
Une finale sous haute tension
Par où commencer ? Comment en est-on arrivé à la finale de CAN la plus incroyable et la plus triste à la fois ?
À 20h02, l’arbitre congolais Jean-Jacques Ngambo Ndala siffle le début du match entre le Sénégal et le Maroc. Les deux favoris de la compétition se rencontrent pour la première fois en finale de Coupe d’Afrique des Nations. La première mi-temps, très hachée mais agréable, laisse présager une finale classique entre deux équipes rugueuses. Le Sénégal prend légèrement le dessus en seconde période, avec davantage de tentatives. Yassine Bounou est sollicité à près de quatre reprises. La finale semble alors se diriger inévitablement vers les prolongations.
Le but refusé qui fait basculer la finale
Cependant, à la 90+2e minute, à la suite d’un corner, Abdoulaye Seck dévie le ballon vers Ismaïla Sarr, qui conclut de la tête. L’euphorie s’empare des supporters sénégalais et le scénario paraît invraisemblable. Mais l’ouverture du score des Lions de la Teranga est refusée par l’arbitre, sans consultation de la VAR, pour une légère poussette de Seck sur Achraf Hakimi. La décision, relevant de l’appréciation personnelle de l’arbitre, place ce dernier sous pression et fait naître un profond agacement côté sénégalais.
(But de Ismaïla Sarr refusé à la 90+2 minutes ©Beinsport)
Quelques minutes plus tard, Brahim Díaz s’écroule dans la surface sénégalaise après un léger contact avec Malick Diouf. Le meilleur buteur de la compétition réclame rageusement un penalty, s’en prenant directement aux arbitres. Jean-Jacques Ngambo Ndala hésite, mais sous la pression marocaine, décide finalement de consulter la VAR. Entouré par des joueurs des deux équipes, l’arbitre doit faire un choix crucial. Le contact étant léger mais existant, il désigne le point de penalty.

(Jean-Jacques Ngambo Ndala, arbitre du match, entouré par les sénégalais au moment de sa décision ©BeinSport)
La colère sénégalaise et le chaos
Cet enchaînement de décisions arbitrales provoque une colère immense chez les Sénégalais, qui sortent totalement de leur match. L’arbitre distribue alors une pluie de cartons jaunes, parfois de manière désordonnée. Le sélectionneur sénégalais, Pape Thiaw, demande à ses joueurs de quitter le terrain et de rentrer aux vestiaires. En parallèle, certains supporters sénégalais tentent d’envahir le stade. Des scènes de violence éclatent : des chaises sont jetées sur les stadiers et le tumulte gagne les tribunes. Les fauteurs de troubles sont rapidement encerclés et évacués. D’après Foot Mercato, un stadier a été évacué sur civière après avoir reçu un coup de ventilateur. Sa mâchoire aurait été arrachée lors de ces incidents détestables.
Une tension présente avant et pendant le match
Cet énervement ne naît pas uniquement pendant le match. Dès leur arrivée à Rabat, les joueurs sénégalais font face à un manque de sécurité et se retrouvent bousculés par la foule, mettant en danger leur intégrité physique. La Fédération Sénégalaise de Football signale également des problèmes avec le premier hôtel proposé, jugé non conforme aux standards d’une équipe finaliste. Après réclamation, un nouvel hébergement est attribué, mais cet épisode perturbe la préparation et la récupération des joueurs.
Un autre événement fait le tour des réseaux sociaux : la serviette d’Édouard Mendy. Celle-ci est l’objet de nombreuses tentatives de vol par les ramasseurs de balles marocains. Les images diffusées sont déplorables : le gardien sénégalais se transforme presque en garde du corps pour protéger la serviette de son coéquipier. Les ramasseurs de balles se montrent agressifs et s’en prennent même à Yevhann Diouf, le traînant sur le terrain en plein match. Certains joueurs marocains participent également à ces scènes, notamment Achraf Hakimi, qui jette la serviette derrière les panneaux publicitaires, ou Ismaël Saibari, qui tente d’empêcher Diouf de la rendre à Mendy.

(Yehvann Diouf tentant de protéger la serviette d'Édouard Mendy face aux ramasseurs de balles, arbitre du match ©AFP)
"On va jouer comme des hommes"
C’est dans ces conditions que les joueurs sénégalais rentrent aux vestiaires. Tous ? Non. Un joueur irréductible refuse d’abandonner : Sadio Mané. L’ancien joueur de Liverpool rappelle ses coéquipiers et déclare : « On va jouer comme des hommes ». Après plus de quinze minutes d’interruption, Brahim Díaz s’apprête à tirer le penalty le plus important de sa carrière. Après avoir replacé le ballon, il s’élance et tente une panenka du plat du pied… directement dans les bras d’Édouard Mendy, resté debout. Un geste surprenant vu le contexte. Interrogé, le gardien sénégalais balaie toute idée d’arrangement : « Il faut être sérieux. À une minute de la fin, ça fait cinquante ans que son pays attend. Vous pensez qu’il va faire ça pour qu’on s’entende ? Il a essayé de marquer, j’ai eu le mérite de l’arrêter. »
(Sadio Mané rappelle ses coéquipiers ©M6)
La délivrance sénégalaise
En prolongation, les Sénégalais prennent rapidement l’avantage grâce au milieu de terrain de Villarreal, Pape Gueye (94e). Sa frappe surpuissante se loge dans la lucarne de Bounou : imparable. Le Maroc tente alors de revenir, avec notamment une barre transversale de Nayef Aguerd à la 108e minute. Réduits à dix après la blessure d’Hamza Igamane, et Walid Regragui ayant effectué tous ses changements, les Lions de l’Atlas jettent leurs dernières forces. Chérif Ndiaye croit même sceller le sort de la finale, mais Yassine Bounou réalise une double parade exceptionnelle, confirmant son titre de meilleur gardien de la compétition.
Le Sénégal remporte ainsi sa deuxième CAN après celle de 2021 et une remarquable régularité avec trois finales sur les quatre dernières éditions. Le Maroc, lui, devra encore attendre pour mettre fin à plus de cinquante ans de disette.

(Sadio Mané avec le trophée ©GettyImages)
Une image ternie pour le football africain
Malgré le spectacle sportif, cette finale renforce malheureusement l’image négative parfois associée au football africain, ternissant les progrès réalisés ces dernières années. Espérons que cette soirée malheureusement inoubliable reste une exception.