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Interview – Diédié Traoré : « Quand tu passes de la D1 lituanienne à jouer avec Ibrahimovic en moins d’un an, tu comprends que tout peut aller très vite »

Passé par le Los Angeles Galaxy, la MLS ou encore plusieurs expériences en Europe, Diédié Traoré possède un parcours atypique. Le latéral gauche de 27 ans revient sur son parcours, les difficultés du football professionnel et sa volonté de retrouver un projet sportif.
27 May 2026 by
Actus foot, Gabriel
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Pour commencer, est-ce que vous pouvez vous présenter rapidement pour les personnes qui ne vous connaissent pas encore et revenir un peu sur votre parcours ?

D.T : Moi, c’est Diédié Traoré, j’ai 27 ans et je joue au poste de latéral gauche. J’ai commencé le football à 5-6 ans à l’ES Stains, dans le 93. Ensuite, je suis passé par Pierrefitte puis Villetaneuse, avant de signer au Mans vers 2011-2012. À ce moment-là, je devais intégrer la préformation puis le centre de formation avec un contrat de cinq ans. Mais l’année où je devais arriver, le club dépose le bilan et ferme son centre de formation. Juste après, j’ai une opportunité au FC Metz. J’intègre d’abord la préformation en U14-U15 puis le centre de formation, où je passe trois belles années. Ensuite, je voulais un contrat aspirant parce que je n’avais qu’un contrat de convention. Le club voulait me garder, mais uniquement avec une prolongation d’un an. On ne s’est pas entendus, donc j’ai préféré rentrer en région parisienne. Je passe ensuite six mois sans jouer avant de rejoindre Sannois-Saint-Gratien en U19 Nationaux. Après six mois là-bas, je pars parce que je voulais absolument rejoindre le monde professionnel. J’ai alors une offre en D1 lituanienne, au FK Utenis.

Après six bons mois en Lituanie, plusieurs clubs commencent à s’intéresser à moi et je pars faire un essai à Malaga. Ça se passe très bien et le club veut me proposer un contrat avec la réserve avant de potentiellement me faire signer professionnel. Mais au même moment, Bordeaux me contacte pour devenir la doublure de Youssouf Sabaly en Ligue 1. Je décide donc de tenter Bordeaux. Sauf qu’en arrivant, le coach Jocelyn Gourvennec est licencié et le club stoppe finalement le recrutement. Mon essai s’arrête et Malaga coupe aussi les contacts parce qu’ils ont mal pris mon départ.

Je me retrouve alors sans club en janvier 2018. C’est là qu’on me parle des essais organisés par le Los Angeles Galaxy aux États-Unis. Au départ, je refuse parce que ce genre de détections ressemble souvent à des opérations pour gagner de l’argent. Finalement, on me convainc d’y aller. Je pars à Los Angeles, ça se passe très bien et ils me demandent de revenir. Ensuite, j’intègre la réserve, puis l’académie parce que j’avais encore l’âge pour jouer en U19. Très rapidement, je monte avec la réserve puis avec le groupe MLS. En six mois, je passe de l’académie à l’équipe première et je signe mon contrat professionnel avec le LA Galaxy.

(Diédié Traoré signe son premier contrat professionnel avec LA Galaxy ©lagalaxy.com)(Diédié Traoré signe son premier contrat professionnel avec LA Galaxy ©lagalaxy.com)


Dès le début de votre carrière, vous connaissez déjà des moments compliqués : dépôt de bilan, essais, périodes sans club… Comment vit-on cela à un jeune âge, mentalement et au niveau familial ?

D.T : Mentalement, ce n’est pas facile parce qu’il faut constamment repartir de zéro. Mais même dans ces moments-là, j’ai toujours gardé confiance en moi. Je savais que j’étais encore jeune et que dans le football, tout peut aller très vite. C’est ce qui m’a toujours permis de rebondir après les périodes compliquées. 

Au niveau familial, ce n’est pas évident non plus parce qu’il y a beaucoup de déplacements, beaucoup d’incertitudes. Quand on part jeune à l’étranger, on quitte sa famille très tôt et on doit apprendre à gérer ça rapidement.


Vous signez ensuite au Los Angeles Galaxy et passez rapidement des U19 au groupe professionnel. Là, vous arrivez dans un vestiaire avec Zlatan Ibrahimovic, Ashley Cole ou encore les frères Dos Santos. Est-ce qu’il y avait une forme d’intimidation au début après une transition aussi rapide ?

D.T : Moi, je n’ai jamais vraiment été impressionné par les joueurs. Inspiré, oui, mais pas impressionné. Ils ont deux jambes, j’ai deux jambes : on a les mêmes attributs. S’ils ont réussi, je ne vois pas pourquoi je ne réussirais pas. Quand je suis arrivé dans le vestiaire avec Ibrahimovic, honnêtement, je l’ai traité comme un collègue de travail, même en étant fan du PSG. Et je pense que c’est quelque chose qu’il a apprécié, parce qu’il n’aimait pas les jeunes qui étaient lèche-bottes.

Au final, on avait une très bonne relation. J’étais proche de son kiné personnel et il aimait beaucoup les jeunes de Paris. En dehors du terrain, c’est quelqu’un de très gentil, très blagueur, c’est une vraie crème. Mais sur le terrain, il est extrêmement carré. Il aime le travail bien fait et la perfection. Franchement, ça élève le niveau d’exigence et de jeu au quotidien.

(Diédié Traoré au côté de Zlatan Ibrahimoviv ©lagalaxy.com)(Diédié Traoré au côté de Zlatan Ibrahimoviv ©lagalaxy.com)


En France, certains voient encore la MLS comme un championnat secondaire. Vous qui l’avez vécue de l’intérieur, qu’est-ce que vous répondez à ça ?

D.T : Quand je suis arrivé, ce qui m’avait surpris au début, c’était le système sans montée ni descente, comme en NBA. Ça m’avait mis un peu un coup au moral. Des fois, quand on perdait des matchs avec la réserve ou qu’on faisait match nul, on rentrait dans le vestiaire et il y avait des sourires. Moi, je n’arrivais pas avec ça.

Mais avec l’arrivée de grands joueurs européens, l’exigence a énormément augmenté. Des joueurs comme Ibrahimovic apportaient cette mentalité où un match nul était presque vécu comme une défaite. Et aujourd’hui, on voit beaucoup de joueurs partir de MLS vers l’Europe. Si c’était un championnat de “retraite”, Ibrahimovic ne serait jamais revenu en Europe. Par exemple, Alphonso Davies est parti au Bayern après la MLS. Julian Araujo a signé au Barça ou Efrain Alvarez au Mexique. Donc ce n’est plus du tout un championnat “retraite” comme certains le disent encore.


La période Covid a aussi marqué beaucoup de carrières. Comment avez vous vécu aux États-Unis, loin de la famille, et quelles conséquences cela a-t-il eu sur la suite de votre parcours ?

D.T : Le Covid a eu des conséquences dramatiques sur moi. À ce moment-là, j’étais dans ma deuxième année au Galaxy avec un contrat de quatre ans. Sportivement, ça se passait bien, même si j’avais plusieurs blessures aux ischios, le coach commençait à me voir comme un joueur fiable. Mais pendant le Covid, on est restés presque six mois sans jouer. J’étais loin de ma famille, loin de tout, et mentalement, à 21 ans, ça m’a beaucoup touché. À la fin, j’ai préféré résilier mon contrat à l’amiable pour rentrer en France.

Aujourd’hui, c’est clairement un de mes regrets, j’aurais pu serrer un peu plus les dents. Parce qu’après mon départ, il y a eu un changement de coach qui faisait beaucoup jouer les Français. Peut-être que les choses auraient été différentes si j’avais tenu un peu plus longtemps.


Après Los Angeles, vous passez par plusieurs clubs et plusieurs projets différents, notamment Épinal ou encore San Antonio. Quand on a connu les Galaxy et la MLS, est-ce difficile d’accepter ensuite des clubs avec moins d’exposition ou des projets plus modestes ?

D.T : Non, parce que moi je viens de là. Je n’ai jamais connu une carrière facile. Toute ma vie, ça a été de la galère et du travail. Quand je suis revenu en France, je devais signer à Orléans mais les négociations ont échoué à cause des difficultés financières après le Covid. Finalement, Épinal est arrivé un peu au dernier moment et j’ai accepté parce que je ne pouvais pas rester encore plusieurs mois sans jouer. J’ai fait seulement deux mois et demi en France et après j’ai reçu une offre de San Antonio aux États-Unis en USL (United Soccer League, deuxième échelon du football américain).

Là-bas, ça se passe très bien et le championnat est top. Je joue beaucoup et le coach me met dans de très bonnes conditions. Mais au bout d’un moment, j’ai eu un burn-out, j’ai eu un vrai besoin de rentrer en France pour retrouver ma famille, j’en avais marre d’être loin. J’avais des conseillers qui me disaient que je pouvais viser la Ligue 2 voire la Ligue 1 car j’étais jeune et mon poste était recherché. Avec le recul, je pense aussi que je n’étais pas forcément bien entouré à ce moment-là.


Quand on est jeune joueur, comment choisit-on son entourage, ses agents et les personnes qui nous accompagnent dans une carrière ?

D.T : C’est très compliqué. Parfois, même la famille peut te faire du mal sans le vouloir. Et dans le football, il y a aussi des gens qui pensent davantage à l’argent qu’au développement du joueur.

Le plus important, c’est d’avoir des personnes sincères autour de soi. Mais aujourd’hui, avec l’argent dans le football, c’est difficile de savoir qui a de bonnes intentions. Maintenant, je suis tout seul, je n’ai plus d’agent.


Aujourd’hui, après votre passage à Saran notamment, où en êtes-vous sportivement ?

D.T : Aujourd’hui, je suis toujours à la recherche d’un projet pour relancer ma carrière. C’est vrai qu’après mes passages à La Louvière en Belgique (club de deuxième division belge) et à Saran, c’est un peu plus compliqué. Mon dernier club aux États-Unis, c’était Kansas. Mais j’ai vécu un drame familial qui m’a obligé à rentrer en France.

Mentalement, j’étais au plus bas. Quand j’ai voulu reprendre le sport, j’ai rejoint Saran, qui avait un projet de montée en National 3, pour retrouver du rythme et reprendre progressivement. J’ai saisi cette occasion pour monter en N3 et ça a été fait.

(Diédié Traoré lors de sa signature à la Louvière ©lagalaxy.com)(Diédié Traoré lors de sa signature à la Louvière ©lagalaxy.com)


Aujourd’hui, vous traversez une période sans club. Comment gère-t-on mentalement ce genre de situation et à quoi ressemble le quotidien d’un joueur qui continue à s’entretenir en attendant un nouveau projet ?

D.T : Le plus important, c’est de se dire que rien n’est terminé dans le football. J’ai connu des périodes où tout allait très vite dans le bon sens, puis d’autres où tout s’est compliqué. Quand on passe de la D1 lituanienne à jouer avec Ibrahimovic en MLS en moins d’un an, on comprend que tout peut aller très vite dans les deux sens. Donc il faut garder espoir et continuer à travailler. Tant que je pourrai jouer au football, je continuerai à tout donner.


On parle souvent de l’aspect sportif, mais beaucoup moins du côté financier. Quand on est sans club, comment gère-t-on justement cette partie-là au quotidien ?

D.T : Aujourd’hui, je travaille parce que j’ai une famille, une femme et deux enfants. Comme je n’ai jamais joué professionnellement en France, je n’ai pas accès au chômage comme certains joueurs passés par la Ligue 1 ou la Ligue 2. Donc je travaille à côté tout en continuant à espérer une nouvelle opportunité dans le football.


Aujourd’hui, pour retrouver un club, toutes les démarches se font seul ?

D.T : Oui, je fais tout seul. Des fois, ça va même jusqu’au culot. Je peux aller chercher le directeur sportif d’un club sur Instagram et lui envoyer directement un message.

Je tente des choses parce qu’au final, je n’ai rien à perdre. Parfois, j’ai des réponses négatives parce que ça fait un an que je n’ai plus joué au haut niveau. Mais je garde aussi beaucoup de contacts aux États-Unis avec d’anciens coéquipiers qui travaillent aujourd’hui dans des clubs en USL ou en USL League One (troisième division américaine). Certains me disent clairement que si je retrouve six mois dans un club professionnel en Europe, ils pourraient me refaire venir là-bas.

 

Pour rester en forme, envisagez-vous parfois de rejoindre temporairement un club amateur ou l’objectif reste-t-il uniquement un projet professionnel ?

D.T : Oui, ça m’arrive d’aller m’entraîner avec des clubs amateurs pour garder le rythme et retrouver la sensation du groupe. La dernière fois, j’avais par exemple participé à une opposition avec le Paris 13 Atlético. C’est toujours intéressant de s’entraîner avec des petites équipes amateurs pour ressentir ce truc de groupe.


Si une opportunité se présente de nouveau aux États-Unis, le départ se ferait-il seul dans un premier temps ou directement avec la famille ?

D.T : Je partirais d’abord seul pour me stabiliser là-bas. Ensuite, une fois installé, je ferais venir ma famille. Parce que même si la vie aux États-Unis peut paraître très confortable, être loin de sa famille reste l’une des choses les plus difficiles à gérer mentalement. Je pense que pour moi, c’est ce qui a joué dans ma situation là-bas.


Y a-t-il une anecdote ou un moment marquant de votre carrière qui vous a particulièrement marqué dans le monde professionnel ?

D.T : Je pense directement à mon premier match en MLS. À ce moment-là, je jouais encore avec la réserve et le coach de l’équipe première ne me prenait pas encore dans le groupe. Mais Ibrahimovic voyait mon potentiel et me répétait souvent de continuer à travailler. Un jour, le coach voulait me prendre mais il n’était pas vraiment sûr. Il est venu me voir jouer avec la réserve. Je fais un bon match mais pas non plus exceptionnel. Je me dis que je dois faire quelque chose pour taper dans l’œil du coach. Il reste plus que 12 minutes, je prends le ballon, je dribble tout le terrain et je marque. Le lendemain, Ibrahimovic vient me voir, il me dit qu’il a vu mon but et, en me taquinant, il me dit qu’à 17 ans il savait déjà faire ça. Le connaissant, c’était sa manière de me féliciter car il était toujours dans la taquinerie.

Le week-end suivant, je suis convoqué avec l’équipe première à Vancouver. Puis au match d’après, je suis titulaire et je termine homme du match. Je passe de la réserve à titulaire en MLS en très peu de temps et je fais même une séance de dédicaces avec les supporters pendant une heure. Avant le match, Ibrahimovic m’avait dit en rigolant que si je ne lui faisais pas la passe, je retournais à la réserve. Après, aujourd’hui, je n’ai plus de contact avec lui. Il change souvent de numéro donc on a perdu le contact. Mais à l’époque, il m’avait même proposé de rejoindre un club en Suède avec lequel il avait des liens : Hammarby. Je lui avais répondu que je voulais d’abord réussir au Galaxy avant de penser à autre chose. Mais maintenant, si j’arrive à reprendre contact un jour et qu’une opportunité se présente, bien sûr que je serais prêt à tenter ma chance.

(But de Diédié Traoré avec la réserve ©lLA Galaxy)


Un pronostic pour la finale entre le PSG et Arsenal ?

D.T : Moi, je suis supporter du PSG, donc forcément je vise le back-to-back. Je pense que ça va être un match assez fermé mais avec des occasions, parce que les deux équipes jouent avec beaucoup d’intensité. J’espère surtout qu’il y aura des buts, mais je vois quand même le PSG l’emporter.

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